RENCONTRE AVEC UN PHOTOGRAPHE ORIGINAL

On m’a dit un jour que j’étais un photographe original…

J’imagine que cette personne voulait dire que ma manière d’aborder certains thèmes comme la photo de mariage ou la photo d’enfant était différente.

Photographe Original : Bogarte

Alors, oui, j’avoue.

Mon approche de la photographie sort un peu des sentiers battus si l’on se contente de regarder les sempiternelles photos de mariés présents sur les portfolios de certains photographes.

Vous noterez l’omission volontaire du mot « collègue » ou « confrère » tant j’ai l’impression de ne pas faire le même métier. Mais, si on est un adepte de photos de reportage, de photo de rue ou même de photographie en noir et blanc, je ne suis pas sûr de faire preuve d’originalité.

On ne retrouve pas de clichés ou de poses identiques dans cette photographie là parce que c’est une photographie d’émotion. La philosophie de cette pratique, c’est de se laisser inspirer par les gens, le décor ou la lumière. On ne vient pas avec des idées de mises en scènes qu’on aurait vu chez un autre photographe, on se laisse guider par ce qui nous est proposé.

Dans ces conditions, je ne suis pas sûr d’être ce photographe atypique.

En fait tout dépend de la culture de l’image de chacun. Et puis, être original, c’est se faire remarquer, et ça n’aurait aucun sens dans mon travail, tel que je l’aborde. Je n’ai pas envie d’être repéré, je veux me fondre dans la masse pour capturer des émotions.

1. Bogarte, c’est votre vrai nom?

C’est mon vrai nom de photographe.
J’ai un autre vrai nom dans ma vie personnelle. Au lancement de mon activité, je n’avais pas envie de mettre mon nom en avant. Alors, j’ai cherché un nom qui pourrait être mon nom pour mon travail artistique. Je voulais un nom assez court, rapide à écrire, facile à retenir.
J’aime bien l’idée d’avoir un univers professionnel et un univers privé.

2. Pouvez-vous vous décrire en 3 mots?

Discret, sensible, barbu.

 

3. Pouvez-vous aussi décrire votre travail en 3 mots?

L’Expression du Moment.

 

4. Vous avez un style très identifiable, vous voulez bien nous en parler ?

Le style, chez un photographe, c’est un peu une marque de fabrique. C’est pas vraiment quelque chose que je recherche, je fais des photos quand je vois quelque chose de photographiable. C’est je crois une question de philosophie, d’approche de son travail. Personnellement, je n’aime pas la photographie dans son ensemble. Il y a beaucoup de sujets qui me laissent sans émotion. En revanche, quand ça touche à l’humain, à sa façon de vivre ou de bouger, ça me parle. Et c’est ce que je fais aussi. Les paysages sans aucune présence de sujet vivant me gavent. Les photos de mode aussi et les portraits ou il est juste question de techniques d’éclairage.
Pour ma part, j’aime photographier les gens au naturel. J’aime la notion d’instant décisif cher à Cartier-Bresson J’aime aussi raconter des histoires et apporter une certaine poésie tout en conservant une approche documentaire. J’aime aussi beaucoup le noir et blanc parce qu’il permet de se passer d’informations sans intérêt et met l’accent sur la composition et l’émotion, alors je fais en sorte que tout cela soit présent sur mes images 🙂

 

5. Vous diriez que vous êtes photographe ou photographe de mariage ?

Photographe de mariage je n’aime pas : ça me renvoie quelque chose de négatif. Parce que j’ai l’impression que pour les gens, photographier des mariages c’est faire des photos au téléobjectif ou placer les gens en montant sur un escabeau. Je ne fais pas ce métier-là. C’est tout le contraire même! Je ne fais pas poser les gens et je ne me sens pas l’âme d’un paparazzi. Il y a bien d’autres moyens de prendre des photos.
Bien sûr, j’utilise le terme de « photographe de mariage » parce qu’il faut bien que les gens puissent me trouver et que j’appartiens quand même à cette catégorie, mais je me retrouve bien plus dans la notion de « photojournaliste de mariage ». Quand on me demande ce que je fais, je dis que je suis photographe. Quand on veut en savoir plus, je sais que je suis parti pour évoquer des termes comme photographie instantanée, sur le vif, spontanée, reportage, documentaire, photojournalisme ou noir et blanc.

 

6. Pourquoi photographier des mariages ?

Je crois qu’à la base, je considère la photographie instantanée (celle que je pratique au quotidien et pendant les mariages) comme un jeu. Un jeu avec ses contraintes mais un jeu quand même.

Dans la photo de mode, le photographe décide avant son shooting de tous les aspects techniques (modèle, attitude, lumière, décor, etc..).
Pour la photo instantanée, c’est différent. Le photographe doit s’adapter à ces contraintes techniques et les transformer en atouts pour créer des images naturelles à partir d’instants furtifs. C’est cette constante réflexion sur les moyens pour arriver à produire de grandes photos et les déplacements de plusieurs mètres ou de quelques millimètres qui l’accompagne ainsi que le choix de l’angle de vue qui constituent l’essence même du jeu.

On est dans l’émotion et le naturel, plutôt que dans le cliché et le « trop parfait ».
C’est ce que je recherche, et mes clients aussi. De l’émotion et du naturel.

Pour revenir à la photo de mariage, le jeu dure toute la journée et demande beaucoup d’investissement personnel. Il faut de la concentration, de la discrétion, de l’anticipation également.

Mais c’est aussi parce que le mariage est un voyage, une rencontre… que je fais ce métier. C’est vraiment une relation particulière qui s’instaure le temps d’une journée : du respect, de la confiance, de la promiscuité avec les mariés, leurs familles. C’est aussi un peu de stress et beaucoup de fatigue.

Et puis, il y a peu de discipline en photo où les gens qui font appel à vos services pleurent d’émotion ou vous écrivent de longs messages de gratitude en voyant le résultat de votre travail.
ça, c’est inestimable.

 

7. Vous ne faites que du noir et blanc ?

Non madame, …mais si vous demandez si je préfère le noir et blanc à la couleur, c’est oui !

Je photographie en couleurs et en noir et blanc tout au long du mariage, mais les images que je montre sont souvent en noir et blanc, je l’avoue 🙂
De manière générale, pour chaque photo, c’est le contexte qui me guide dans le choix de mes compositions et qui décide si je dois photographier en noir et blanc ou en couleurs.

 

8. Qu’est-ce qui vous a amené à la photographie ?

J’ai trouvé ma voie relativement tardivement mais j’ai toujours été observateur et créatif. J’ai commencé par le dessin mais ça ne m’a jamais réellement passionné. Ce sens de l’observation, ce souci du détail, je l’ai depuis longtemps. Cela m’a aidé à progresser rapidement quand j’ai découvert la photo.
En fait, j’ai commencé professionnellement par le graphisme.  J’aimais beaucoup, et j’aime toujours « communiquer visuellement ». Je peux par exemple admirer un beau logo ou une typographie très classe, ou m’inspirer d’une mise en page d’un magazine. Il fallait quand même de beaux visuels pour bien communiquer un message ou une ambiance et je me suis mis doucement à la photo. La passion est venue rapidement.

La révélation, ça a été Cartier-Bresson : c’est son sens de la composition et la façon de parler de son travail qui ont tout déclenché.

 

9. Avec Cartier-Bresson, vous avez d’autres influences ?

Lui, c’est le maître incontestable. Philosophiquement, c’est ça. Après, il y a des gens qui m’ont parlé de Doisneau en voyant mon travail mais je crois que c’est parce que le grand public n’a pas tellement de références à part Doisneau. Ah si, les gens connaissent peut-être Depardon, Yann Arthus-Bertrand, et Helmut Newton? Salgado aussi peut-être ?

Bon, Depardon et Salgado, oui. Après, je préférerai qu’ils aillent voir le travail de Alex Webb ou encore Elliott Erwitt  …

 

10. C’est quoi votre plus belle photo ?

C’est celle que je n’ai pas encore faite 🙂

Bon, ça c’est une phrase que j’ai déjà lue ou entendue. J’espère que l’auteur n’est pas un guignol, ça craint sinon 🙂

Alors, je dirais celle-là… Ma femme, mon fils. Même pas en noir et blanc 🙂
Rien n’est montré, tout est suggéré…le sujet, les sujets, l’endroit, le moment. C’est d’abord ça, la photographie, un parti-pris du photographe.

 

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Cartier-Bresson & les Grands Photographes

Parmi mes influences et les photographes qui m’ont inspiré à un moment donné, vous ne trouverez pas beaucoup de photographes de mariage. A vrai dire, contrairement à de nombreux photographes de mariages, je ne trouve pas tellement d’intérêt à regarder ce que font les autres dans cette discipline puisque la plupart sont des photographes de portait ou de studio (regarde par là, mets ta main comme ça, etc…). En revanche, je me passionne assez rapidement pour un travail documentaire, avec un vrai style, où l’auteur raconte quelque chose sans jamais « manipuler » ou « orchestrer » une image. Il observe et laisse parler sa sensibilité. Ce réalisme dans la photographie, on le trouve aisément dans la photographie de rue et les grands reportages humanistes.

HENRI CARTIER-BRESSON

S’il n’y avait qu’un photographe à citer, ce serait celui-là. Inventeur de la notion d’instant décisif, Cartier-Bresson reste le maître de la photo sur le vif. Ses images et bien plus encore, ses interviews m’ont donné le goût de la photo instantanée.

Cartier-Bresson

JAMES NACHTWEY

Photographe américain, James Nachtwey a parcouru la planète pour témoigner de l’horreur des conflits et de la famine. Il est un photographe de guerre aux multiples prix, un témoin de l’horreur de notre époque.

James Nachtwey

SEBASTIAO SALGADO

Photographe brésilien, Salgado a construit son oeuvre en se focalisant sur les conditions sociales et humaines. A travers une photographie principalement argentique et exclusivement en noir et blanc, il livre des images fortes.

Sebastiao Salgado

Mon travail de photographe documentaire s'inscrit dans la durée.
C'est la rencontre d'une approche photojournalistique et de la photo d'art.


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